Oubliez Le manifeste communiste et Le Capital, ne soyez plus ringards !
Lisez plutôt Michel Foucault, Gille Deleuze, Jacques Rancière et Pierre Bourdieu. Alain Badiou vous offre un petit panthéon portatif avec Derrida et Lacan. Michel Onfray propose une BD sur Nietzsche. La confusion est à son comble.Cet éclectisme branché est la transposition dans le monde des idées de la spéculation boursière. Chaque nouvelle valeur susceptible d’offrir un rendement critique supérieur doit être adoptée. Avez-vous lu Isabelle Stengers, Giorgo Agamben, Bruno Latour et Judith Butler ?
La richesse des sociétés ou règne le capitalisme apparaît aussi comme une gigantesque accumulation d’idées. Toutes sont intéressantes car elles disent quelque chose sur nos sociétés mais pour l’essentiel, elles restent dans le cadre du capitalisme et reproduisent sa domination même si elles en critiquent certains aspects. Toute critique n’est pas anticapitaliste. Alors, comment s’y retrouver dans cette jungle ?
La critique du capitalisme est née avec le capitalisme lui-même au 16éme siècle. Elle a proliféré dans de nombreuses directions et c’est seulement au 19ème siècle, avec l’essor du capital industriel, que naît un nouveau paradigme, une théorie cohérente : le marxisme. Sa naissance évoque celle de la relativité restreinte lorsqu’Einstein a repensé les fondements de la physique en unifiant la mécanique et l’électromagnétisme. Marx et Engels, c’est l’anticapitalisme chimiquement pur.
La force du marxisme, c’est sa cohérence intellectuelle et sa portée politique. Une théorie unifiant l’histoire, l’économie, la sociologie, la philosophie et la politique dans le but de rompre avec le capitalisme. À l’heure de la plus grave crise du capitalisme depuis 1929 et la Grande Dépression, Marx est plus que jamais pertinent et le marxisme notre meilleure arme intellectuelle dans le combat anticapitaliste.
Le marxisme n’est pas une religion dont Le Capital serait la bible, au contraire, comme le disait Marx dans ses Thèses sur Feuerbach, « les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, ce qui importe, c’est de le transformer », et quelle transformation ! Entre la mort de Marx en 1883 et 1914, le marxisme est devenu la référence de la social-démocratie en plein essor. La Première Guerre mondiale a apporté la faillite du réformisme de la social-démocratie et la victoire des bolcheviks en Russie. La révolution russe, la prise du pouvoir et les politiques mises en œuvre ont été inspirées par Marx et Engels. Entre 1917 et la prise du pouvoir par Staline en 1922, Marx et le marxisme ont été au cœur de la création des partis communistes dans le monde entier et de leurs succès de masse.
Staline a ensuite créé un nouveau paradigme : le stalinisme. Son vocabulaire est celui de Marx mais à l'opposé de l'émancipation de l'humanité, sa pensée ne sert que deux objectifs : la dictature des apparatchiks en interne et la défense exclusive des intérêts de l’URSS à l'extérieur. La stalinisation de l'Internationale Communiste et des partis communistes sera complète dans les années 1930.
L’actualité du renversement du capitalisme et de Marx
Les horreurs du stalinisme en Russie et ailleurs ont bien été commises au nom de Marx et, 80 ans plus tard, on continue de marteler Marx = goulag. Vous êtes marxiste ? Donc vous êtes pour le goulag !
Outre ses victimes par millions, Staline nous a aussi laissé ça en héritage. C’est tellement vrai qu’en occident, les partis communistes, pour en finir avec le stalinisme, ont jeté Marx et Lénine par dessus bord. Au PCF, le peuple s'est substitué à la lutte de classes. À tel point qu’un courant minoritaire du PCF propose de renouer avec le marxisme ! Le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon est lui plus républicain que marxiste. Son responsable économique, Jacques Généreux, venu lui aussi du PS, est keynésien et anti-marxiste. LO et la LCR avaient quelques défauts mais parmi leurs qualités, ils avaient conservé la référence à Marx et développé le marxisme. Après la disparition de Daniel Bensaïd, le tournant sectaire de la direction du NPA semble plutôt renouer avec la logique de la grève générale des syndicalistes révolutionnaires qu'avec la la construction d'un parti révolutionnaire de masse.
A l'heure où la crise actuelle a déjà largement dépassé l'ampleur de la crise de 1929 et continue de s'élargir et de s'approfondir, l'heure est peut-être venue d'une initiative politique fédérant celles et ceux qui se reconnaissent dans l'action et la pensée de Marx.